Là où la lave a rencontré l’Atlantique, elle a laissé des bassins d’eau de mer claire dans la roche noire : les charcos, renouvelés à chaque marée. S’y baigner par un matin calme est la plus belle chose gratuite que fasse cette île. Les mêmes bassins, par houle, sont les endroits les plus dangereux de la côte, et ce n’est pas une figure de style ici. Ce guide tient les deux vérités à la fois.
Décembre 2025, à notre porte
Le Charco de Isla Cangrejo est au pied des falaises, à quelques minutes à pied de la marina de Los Gigantes : un escalier commode, un mur qui protège, un beau bassin. Le 7 décembre 2025, pendant une alerte côtière, alors que le bassin était interdit par du ruban, des barrières et des panneaux en trois langues, une vague est passée par-dessus le mur et a emporté une vingtaine de personnes à la mer. Quatre sont mortes ; une n’a jamais été retrouvée. Les barrières étaient en place depuis des jours. Cet article existe pour qu’aucun de nos hôtes ne passe jamais sous l’une d’elles : quand un charco est fermé, il est fermé parce que l’océan a déjà décidé. La réouverture éventuelle d’Isla Cangrejo est une décision locale : renseignez-vous sur place, et respectez ce qu’on vous répond.
Les bassins à connaître
Le plus proche est le Charco de La Jaquita, à Alcalá (~15 min), le charco le plus confortable de la côte ouest, récemment réaménagé et accessible à pied par la promenade. La vedette est El Caletón, à Garachico (~40–45 min) : tout un ensemble de bassins dans la lave de 1706, gratuit, en plein centre, avec des surveillants de baignade en saison estivale et des fermetures que les habitants respectent réellement. Le Charco Los Chochos, à Los Silos (~50 min), est sauvage et très beau, au bout d’une courte marche côtière depuis le parking, sans aucun équipement : apportez tout et vérifiez la marée.
Plus loin sur la côte nord, le Charco del Viento, à La Guancha (~55 min), est un bassin profond derrière deux bras de lave, avec un escalier refait et une roche glissante ; à réserver aux jours calmes. Le Charco de La Laja, à San Juan de la Rambla (~1 h), est le bassin le plus photographié du nord, et le plus instructif : en janvier 2025, la police a dû le boucler physiquement parce que des visiteurs continuaient d’ignorer les panneaux d’avertissement par forte mer. Bajamar et Punta del Hidalgo (~1 h 20) sont l’option sûre — des bassins semi-aménagés, Pavillon bleu (2026), surveillants de baignade et accès facile, le bon choix avec des enfants ou un jour de houle.
Les chiffres, sans détour
L’association canarienne de prévention des noyades a recensé 69 morts par noyade dans l’archipel en 2025, Tenerife étant l’île la plus touchée. Piscines naturelles et côte rocheuse ont représenté, ensemble, plus de quarante pour cent des accidents. Le chiffre qui compte le plus : près de la moitié des victimes étaient dans l’eau pendant qu’une alerte côtière officielle était en vigueur. Le geste le plus efficace pour votre sécurité ici est gratuit : respectez les fermetures.
Les règles locales
- Baignez-vous à marée basse ou à mi-marée, les jours calmes ; d’octobre à mars arrive la grande houle du nord.
- Observez l’eau pendant dix bonnes minutes avant d’entrer : les vagues arrivent par trains, et l’accalmie entre deux séries est le piège.
- Ne tournez jamais le dos à l’océan ; portez des chaussures d’eau (algues, oursins) ; ne sautez pas la tête la première, la profondeur change avec la marée.
- Si quelqu’un est emporté : lancez quelque chose qui flotte et appelez le 112 ; ne sautez pas à sa suite, la noyade du sauveteur est un scénario récurrent. Si c’est vous : nagez à l’écart de l’endroit où les vagues frappent la roche, laissez le courant vous porter vers le large jusqu’à ce qu’il faiblisse, faites des signes et attendez.
- Remportez vos déchets, oubliez le shampoing : ces bassins respirent avec la haute mer.
